Beglitched – La magie du hacking «cyberpink»

Geneviève Leblanc Blogue, Critiques, Critiques Nouveau, Critiques Nouveau - iOs/Android, Critiques Nouveau - PC 0 Comments

Beglitched
Hexecutable (Alec Thomson / Jenny Jiao Hsia)
PC / Mac / Linux / iOS
9 ans et +

Beglitched est potentiellement LE jeu que j’ai acheté sur iPad pour lequel j’ai le plus d’amour. Et ici, je ne mâche pas mes mots, parce qu’au-delà d’être un jeu que j’apprécie énormément (je l’avais complété deux fois sur PC au préalable), c’est aussi une œuvre qui soulève pour moi des émotions reliées au milieu vidéoludique lui-même.

Je les mets de côté quelques instants pour exposer ce qui vous intéresse probablement plus: ce dont le jeu consiste. Énormément d’attention a été portée à son apparence, joliment décrite comme cyberpink, mais Beglitched est fondamentalement très axé sur ses nombreuses mécaniques. Il s’agit d’un mélange de puzzles, d’exploration semi-linéaire, de Dames, de Minesweeper et de Bejeweled. C’est inouï, ambitieux, et ça marche tout à fait.

Le contexte : vous trouvez un ordinateur portable. Vous vous y connectez pour y lire des instructions laissées par la propriétaire à votre intention. À sa demande, vous usurpez son pseudonyme de Glitch Witch pour aller remettre de l’ordre dans ses réseaux virtuels.

 

Chaque réseau est une série d’écrans composés d’une grille d’ordinateurs inter-reliés irrégulièrement (verticalement, horizontalement, ou en diagonale). Lorsque vous vous baladez sur un terminal, il affiche des symboles indiquant ce qui se cache dans ceux qui lui sont liés. Certains contiennent des embûches, d’autres vous récompensent avec des trésors, et il y a généralement un terminal par écran qui sert de sortie vers le prochain écran ou hors du réseau.

Pour planifier vos mouvements, vous devez tenir compte d’autres personnages sur la grille. Il y a quelques alliés, mais surtout des ennemis dont les capacités vont de l’immobilité totale, au déplacement dans un axe donné, et jusqu’à votre poursuite active, à la vitesse d’une connexion par tour. Lorsque vous vous trouvez sur le même terminal qu’un ennemi, vous devez le combattre. Si vous laissez l’ennemi vous joindre sur un terminal lorsque c’est son tour, vous commencez le combat avec un handicap.

 

Arrive alors la partie match-3 du jeu. Un combat se produit sur une grille d’icônes à la Bejeweled, et l’ennemi y est invisible. Il s’agit alors de le repérer en activant des icônes Boussole et CPU qui indiquent à leur manière une zone où peut se trouver l’ennemi. Puis, il faut faire exploser la case sur laquelle il se trouve avec un icône Bombe.

Il y a donc deux facteurs limitants : les cycles, soit le nombre d’actions que vous pouvez effectuer (activations et déplacements d’icônes), et l’énergie, qui vous permet d’activer un icône. Bien sûr, vous pouvez regrouper des icônes identiques pour obtenir des avantages, comme gagner des cycles ou de l’énergie pour vous donner plus de temps. Parfois, l’effet est de créer un icône plus puissant – une Bombe qui explose plus d’une case, ou une Boussole plus précise, par exemple.

 

Voilà la somme des bases mécaniques du jeu, que vous apprendrez à maîtriser avec le temps. La tutorialisation est selon moi très bien faite, introduisant une mécanique à la fois et présentant parfois des contraintes qui vous forceront à exploiter tous les outils qui vous sont fournis à leur maximum. Néanmoins, certains pourraient trouver qu’il s’agit de beaucoup de dynamiques enchevêtrées à garder en tête, surtout s’ils prennent de longues pauses entre deux sessions de jeu.

À mon avis, Beglitched est un jeu de réflexion et de stratégie absolument unique, qui atteint une profondeur surprenante et accrocheuse en utilisant des moyens qui sont dans le vocabulaire vidéoludique de la plupart des gens. Si vous aimez les jeux et puzzles classiques dont s’inspire Beglitched, et que vous recherchez un défi pour vos neurones, vous y trouverez probablement le même ébahissement que moi. La courbe d’apprentissage est un réel plaisir, et les diverses contraintes introduites tout au long du jeu mettent continuellement votre maîtrise à l’épreuve. De mon point de vue, ce jeu n’est rien de moins qu’un travail de pur génie, mécaniquement parlant.

 

Et si ça ne suffisait pas, Beglitched est aussi tout simplement magique d’un point de vue esthétique. À moins que vous ne soyez littéralement allergique au rose, il est difficile de ne pas succomber au charme du pixel art jovial qui caractérise tous les environnements et personnages. De surcroît, l’écriture est empreinte d’un humour habilement geeky et auto-critique, un équilibre qui selon moi est difficile à atteindre (ou du moins rarement accompli).

On ferme donc la boucle pour en revenir à mon affection profonde pour ce jeu. Elle est en partie directement liée au fait que j’ai l’impression d’avoir devant moi quelque chose qui frôle la perfection, et qui sous son air adorable et accessible cache une expérience d’une ampleur que je n’aurais jamais imaginée. Parallèlement, c’est aussi une affection rebelle et vindicative, née de l’outrance et de la défiance, puisque ce bijou n’a pas reçu l’attention mainstream méritée tout simplement dû à son apparence (intuition que j’ai confirmée par communication personnelle avec Jenny Jiao Hsia). Pour moi, ça en fait un objet culturel d’importance, qui prouve à la fois que les « jeux roses » ne se doivent pas automatiquement d’êtres plus faciles et ne méritent pas moins leur place dans le domaine vidéoludique, et qu’il s’agit toujours d’une affirmation tristement controversée. J’entretiendrai un amour tenace tout particulier pour Beglitched tant que ce sera le cas.

 

(Et par ça je veux dire: allez acheter Beglitched!)

+ Direction artistique
+ Concept original
+ Équilibre des mécaniques
+ Profondeur du contenu

+/- Complexe / difficile


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