La musique de jeux vidéo en vedette : l’Orchestre de jeux vidéo vs l’Orchestre métropolitain

Geneviève Leblanc Blogue 3 Comments

Le vendredi 22 septembre 2017, l’Orchestre de jeux vidéo (OJV), accompagné du Chœur de musique de film du Québec, s’écartait de son répertoire traditionnel pour présenter la musique de la trilogie Lord of the Rings – complémentée d’un arrangement de pièces tirées des jeux vidéo inspirés par la franchise.

Une semaine plus tard, le vendredi 29 septembre, dans le cadre de la programmation officielle du 375e anniversaire de la ville de Montréal, l’Orchestre métropolitain (OM), de concert avec le Chœur Métropolitain, sortait à son tour de sa zone de confort pour mettre en vedette la musique de jeux vidéo conçus localement lors de sa Symphonie du jeu vidéo.

J’ai eu le plaisir d’assister à ces deux spectacles, qui en rétrospective sont intéressants à mettre en parallèle. Je présente ici mon opinion sur cette paire d’événements, qui sans être directement comparables, partageaient même but : honorer la musique geek de manière spectaculaire.

Crédit photo : page Facebook de l’Orchestre de Jeux Vidéo

D’un côté, l’OJV a donné son concert Lord of the Rings dans la très jolie, mais ô combien inconfortable et caniculaire Église Saint-Jean Baptiste. C’est une chance que la trame composée par Howard Shore soit si ethérée, puisque l’acoustique de l’endroit donnait lieu à un écho significatif qui aurait pu ruiner des compositions moins fluides et plus punchées.

Bon à savoir, l’OJV est constituée en orchestre à vent, ce qui veut dire qu’il n’y a que quelques cordes (deux violoncelles, une contrebasse électrique, et un piano). La trame originale de LotR ayant été conçue pour un orchestre de type symphonique, cela a tangiblement représenté un obstacle dans l’arrangement du spectacle. Les thèmes portés par les cuivres et ceux portés par le chœur étaient bien au rendez-vous, certains desquels étaient fortement reconnaissables, tandis que d’autres n’ont pas du tout réussi à éliciter le sentiment épique que j’attendais, tombant plus dans la musique d’arrière-plan. Pour quelqu’un qui a regardé la trilogie complète plus d’une dizaine de fois, j’ai passé la soirée à chasser les moments de chair de poule caractérisant l’écoute d’un thème bien connu et évoquant un moment marquant. Selon moi, le morceau le mieux réussi était le premier, soit Song of the Lonely Mountain tiré de la trame du Hobbit, fort en sons grondants et en voix graves.

J’ai tout de même apprécié la soirée et le talent montré sur scène, bien que j’aie été un peu laissée sur ma faim. Je tiens quand même à relever une dernière critique, portant sur le support visuel au spectacle. En effet, alors que les moments où l’éclairage était statique étaient tout à fait adéquats, la majorité du spectacle figurait une chorégraphie minutieuse de multiples projecteurs illuminant dynamiquement toute la place. J’ai trouvé le look plutôt amateur, et surtout distrayant alors qu’il aurait simplement dû être au service de l’Orchestre.

Crédit photo : François Goupil

D’un autre côté, la Symphonie du jeu vidéo s’est tenue dans l’inimitable Salle Wilfrid-Pelletier, où le confort est de mise et l’acoustique est bien évidemment de la plus haute qualité. Avec un orchestre symphonique de 60 musiciens et un chœur de 120 voix, tous les moyens étaient réunis pour produire une soirée époustouflante. J’en suis effectivement ressortie sans mots… mais pour les mauvaises raisons, malheureusement.

D’entrée de jeu, l’événement était animé – bien au-delà de l’introduction, de l’entracte et de la fermeture – ce qui est en soi choquant pour toute personne habituée à assister à un concert symphonique. En effet, Stéphanie Harvey et Jasmin Hains ont conjointement introduit chacune des pièces – lesquelles ne duraient en moyenne que 3 à 5 minutes. Cette interruption constante, imprégnée d’un humour forcé, était pour moi insupportable bien avant l’entracte… et ça s’est empiré.

Premier moment signalant la dégringolade : la présentation de FEZ, qui était mariée à la performance en direct du début du jeu par une membre des Sailor Scouts. En plus d’avoir manqué l’occasion d’explorer les innombrables compositions plus mémorables de Disasterpeace, c’était un essai pitoyable d’introduire de « l’interactivité » dans le spectacle. Alors qu’on regardait quelqu’un jouer de manière excessivement chorégraphiée et à un pas de tortue, l’Orchestre était dirigé pour soudainement jouer en sourdine lorsque Gomez entrait dans un édifice, pour ensuite revenir à la normale à sa sortie. C’était mignon la première fois, et après, c’était d’un ennui mortel. Seul autre élément « interactif » : le son de cloche au moment de l’acquisition de cubes. Ouch.

J’ai rapidement compris, à mon grand dam, que la partie jeu vidéo de l’organisation de l’événement a agi d’une manière tristement digne de son industrie. L’orchestre ne semblait qu’être un pion pour servir les intérêts de cette dernière, et le public était traité comme celui du E3 avec une animation sous-estimant gravement sa capacité d’attention. Autre moment damnant : une seconde performance dynamique, cette fois sur un thème musical plus engageant, mais n’existant que pour montrer en exclusivité une démo du jeu Legends de Vibe Avenue dans un geste de promo crasse dont seule notre belle industrie est capable.

Crédit photo : François Goupil

Le cirque a atteint son apogée lors de la pièce interactive Play With Sound, conçue spécialement pour l’événement. Imaginez Twitch Plays, où l’audience est la section parterre de la salle, et la méthode de contrôle est un immense ballon de plage équipé de tracking douteux. Tout le monde debout, et pour ce qui semble une éternité on se passe la balle pour trois jeux de navigation simple en regardant l’icône de la balle suivre de peine et de misère à l’écran, le tout dans un style visuel inférieur à beaucoup de jeux Flash! Ah oui – il y avait aussi l’orchestre qui jouait dynamiquement, mais j’étais trop occupée à regarder un ballon géant pour y porter moindrement attention. À ce moment-là, j’ai franchement eu honte de faire subir la chose aux 180 musiciens et choristes de renommée sur scène, qui devaient penser qu’on était tous aussi tartes que le laissait penser l’animation.

L’ampleur de ma déception face à l’organisation de l’événement a laissé un goût assez amer rendant malheureusement trop facile pour moi d’oublier les points forts – et il y en avait! En général, l’orchestre et le chœur interprétaient merveilleusement la musique de jeux vidéo produits ici, tel qu’attendu, avec comme support visuel des vidéoclips et bandes-annonces plus ou moins bien montés, mais à tout le moins beaucoup plus appropriés que le spectacle de lumières de l’OJV. Mes moments préférés ont de loin été les arrangements en plus long format : le medley de douze jeux indie et la saga musicale Assassin’s Creed d’Ubisoft, tous deux longs d’une dizaine de minutes, ainsi que le duo Deus Ex : Human Revolution et Mankind Divided d’Eidos d’environ 7 minutes. Mes autres mentions spéciales vont à Bioware pour Dragon Age : Inquisition et Mass Effect : Andromeda; Square Enix pour son surprenant medley de Hitman GO, Hitman Sniper, Lara Croft GO et Deus Ex GO; et Behaviour pour Warhammer 40k : Eternal Crusade.

À mon grand étonnement, cet événement haut-de-gamme était non seulement moins bien organisé que le concert de l’OJV, mais m’a même fait apprécier ce dernier davantage en rétrospective. En particulier, je lève mon chapeau pour la décision de garder les interruptions à un minimum en présentant l’arrangement de la trilogie LotR complète en un segment ininterrompu de 50 minutes. Bien sûr il s’agit d’un répertoire plus unifié, mais selon moi toute l’information nécessaire pour apprécier la Symphonie des jeux vidéo était montrée sur le grand écran et aurait amplement suffi en l’absence d’animation.

Le soir du spectacle, l’OM annonçait que la performance allait être rediffusée sur Twitch. Je ne connais pas la date parce que je n’aurais recommandé l’expérience à personne. Quant à l’OJV, le concert LotR a été enregistré professionnellement dans le but de le vendre sur CD. Je ne suis pas familière avec la qualité audio de leurs enregistrements, mais je dépenserais volontiers quelques dollars pour savoir.


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  • Sébastien Grand’Maison

    Chère Geneviève, première erreur comparer un orchestre à but non lucratif à un orchestre professionnel, deuxième erreur être un peu trop difficile envers la dite orchestre amateur qui a fais un show tellement grandiose même si tous les musiciens ne sont pas payé, troisième erreur, comparé la trame sonore originale à l’Arrangement pour orchestre à vents sans en apprécié les nuances. refaite vos devoir avant de vous lancé dans une aussi mauvaise critique

    • Geneviève Leblanc

      Cher Sébastien,

      À l’origine, je n’aurais moi-même pas imaginé comparer l’OJV à l’OM. Cependant, mon expérience des événements en tant que tels m’a fait changer d’opinion. En effet, comme vous l’avez sans doute lu dans l’article, je suis au final ressortie de l’OM avec une admiration encore plus forte pour l’OJV, en comparant non pas les orchestres, mais la qualité des représentations.

      Selon moi, les quelques failles de l’expérience que j’ai eue avec l’OJV sont entièrement pardonnables, puisque l’organisme sait vraiment comment donner un bon spectacle de musique orchestrale. Certes, peut-être n’ai-je pas l’oreille musicale assez aiguisée pour apprécier pleinement l’arrangement pour orchestre à vent, étant plutôt familière avec la trame originale – mais j’argumenterais que c’est également le cas de la plupart des membres de l’audience, et que la remarque est donc tout à fait justifiée.

      En espérant que ce commentaire n’était pas trop long pour parvenir à vous éclaircir ma position! Une deuxième lecture de l’article pourrait, selon moi, vous faire réaliser que nous somme plus en accord que vous ne le croyez.

      • Sébastien Grand’Maison

        Merci d’avoir pris le temps de répondre