Shadow Hearts – Renversement de stéréotypes

Marie-Eve Huchette Blogue, Critiques, Critiques Rétro, Critiques Rétro - Playstation 0 Comments

Shadow Hearts (2001)
Éditeurs : Azure (Japon) & Midway (Europe, Amériques)
Développeur : Sacnoth
PlayStation 2
Mature

Je suis tombée par hasard sur le jeu Shadow Hearts. J’étais chez ma sœur et son chum, qui a toujours collectionné les jeux vidéo, me laissait profiter de sa PlayStation 2. Je fouillais dans sa collection lorsque la pochette du jeu en question a piqué mon intérêt. À cette époque, j’aimais particulièrement les RPGs Japonais et c’est que ce Shadow Hearts avait l’air de me promettre, mais en plus sombre. Je n’ai pas été déçue.

Le jeu est divisé en deux partie : la première partie se passe en Asie, alors que la deuxième se déroule en Europe. Le jeu tourne autour de deux protagonistes, Alice et Yuri, dont le destin s’unit par un concours de circonstances qui m’a bouleversée. Yuri -qui fusionne avec des démons- semble être un anti-héros sympathique et donc la masculinité toxique le pousse à protéger la pauvre Alice de sa propre incompétence; Alice, quant à elle, est une jeune femme innocente et faible, une healer de surcroît, qui a constamment besoin de se faire sauver de ceux qui veulent s’emparer d’elle. Parce que, voyez-vous, Alice a des pouvoirs divins que plusieurs magiciens malicieux veulent utiliser pour, entre autres, détruire le monde. Oui, c’était populaire pour les vilains de cette époque de vouloir détruire le monde.

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Stéréotypes de personnages et de genres

Or, ces rôles hyper-stéréotypés sont subitement inversés lorsque la deuxième partie du jeu s’amorce. Suite à la destruction de, pensait-on, le grand méchant du jeu (et de la ville de Shanghai par la même occasion), Yuri perd le contrôle de son habileté de fusion, et s’envole vers l’Europe. Par contre, entre lui et Alice, les choses avaient suffisamment évoluées pour que cette dernière parte à sa recherche. Et c’est alors que Shadow Hearts fait quelque chose d’incroyable : il brise les stéréotypes de genres.

Pendant la première partie du jeu, Alice est franchement frustrante. Elle « meurt » facilement, ses pouvoirs de soins ne sont pas très forts, et lorsqu’elle n’a plus de sorts disponibles, ses attaques physiques sont ridiculement faibles. Si on ajoute ses aptitudes de combats à son apparence hyper sexualisée et à sa faiblesse générale, elle est l’incarnation du stéréotype de la princesse en détresse. Par contre, Yuri, est fort et victime de sa masculinité toxique alors qu’il s’enferme en lui-même pour combattre ses démons (littéralement). Avec son sens de l’humour douteux, et sa fonction de garde du corps de la princesse, Yuri est le stéréotype de l’antihéros sympathique. Certains ne verront pas de problèmes à ces représentations de genre. Je n’en voyais pas moi-même à cette époque puisque c’est ainsi que les hommes et les femmes étaient catégorisés, en partie, dans la société.

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En 2017, que cela plaise ou non, les stéréotypes de genres sont brisés. Qu’on soit femme, homme, non-binaire, ou trans, cela n’a plus rien à voir avec le comportement que l’on adopte. L’humain est libre d’exercer le rôle social qu’il veut, peu importe son genre biologique. Tant mieux! Or, Shadow Hearts est l’un des rares médias à avoir exploré l’idée de ce bouleversement, et ce, 16 années plus tôt. C’est fait de façon superficielle, je suis d’accord, mais l’idée est là. Une fois que Yuri perd son combat interne contre ses démons, il se métamorphose en la principale entité qui l’habite, celle de la noirceur (Death Emperor) et se cache dans un château. Alice le retrouve, et elle doit le combattre pour le ramener à lui-même. À ce moment, Yuri prend le rôle de la « princesse en détresse », et Alice celui du preux chevalier. Ce renversement de rôle est important puisqu’il démontre, entre autres, que Yuri n’était pas aussi fort qu’il le laissait paraître, et que peut être que sa masculinité toxique l’empêchait de réellement guérir. Alice l’en libère par son amour, et par sa force qui est beaucoup plus grande qu’on l’estimait en début de jeu. Au final, Alice ira très loin dans sa quête de libérer Yuri : elle se sacrifie pour que ses démons cessent de le consumer. Ainsi, c’est la princesse en détresse qui sacrifie sa vie pour permettre à l’homme qui devait la sauver de vivre. Il s’agit de renversement de stéréotypes assez puissant!

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Conclusion

Enfin, Shadow Hearts mérite d’être connu et joué. Surtout en octobre puisque son ambiance lugubre va très bien avec l’esprit de l’Halloween. C’est un excellent jeu, avec des mécaniques uniques, des quêtes principales et secondaires poignantes, et des personnages très bien pensés. Vous ne pouvez pas jouer à ce jeu et en sortir indifférent, je vous le garanti!

 

Source(s):

Dietz, T. L. (1998). An examination of violence and gender role portrayals in video games: Implications for gender socialization and aggressive behaviour.

https://www.gamefaqs.com/ps2/459510-shadow-hearts/faqs/20984


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